Les auteurs ;

Anne Marie de Vaivre, fondatrice du Cercle E&S, et conceptrice des UX-Forum®*
Yonnel Giovanelli,  Expert européen et Afnor Ergonomie et Exosquelettes,

responsable Pôle Prevention SNCF Optim Services

Exosquelettes au travail :
dix ans d’innovation,
dix ans de terrain,..
dix ans d’échanges au Cercle, … et maintenant ?

Ce que les usages réels nous apprennent –
e
t là où il faut encore accélérer

  1. Un défi mondial, une urgence française
  2. Exosquelettes en France : des atouts réels, un déploiement encore timide
  3. La substantifique moelle du terrain :  ce que dix ans et bientôt 25 UX-Forum® Innovation Exosquelettes nous ont appris
  4. Accélération des besoins – secteurs prioritaires
  5. Un continuum se dessine :
    santé globale… trans-secteurs, trans-vie,
    … facilité et mû par les données, les capteurs, l’IA
  6. Conclusion

« … Pour les textes comme pour les corps,
il y a un temps irréductible qui appartient à la personne…
»

1. Un défi mondial, une urgence française

Le contexte de fond, partout : j vieillissement de la population, – et des actifs au travail – ; k pénuries et risques de pénurie de main-d’œuvre dans les métiers physiquement exigeants, l TMS en hausse continue : trois pressions qui se renforcent mutuellement et appellent des réponses nouvelles, technologiques autant qu’organisationnelles.

La France est particulièrement exposée : vieillissement démographique fort, 90 % des maladies professionnelles reconnues sont des TMS (2024, en hausse de 6 % sur un an), secteurs entiers sous tensions chroniques de recrutement – BTP, maintenance industrielle, médico-social, soins, services à la personne…

L’anticipation et la prévention sont un enjeu stratégique, pour les personnes comme pour les organisations : attendre que les corps lâchent pour (ré)agir coûte infiniment plus cher – humainement et économiquement – que prévenir. Cette évidence peine encore à s’imposer, alors même qu’il s’agit là du cœur du problème et de la durabilité du capital humain.

La dynamique internationale : en dix ans, on est passé de quelques milliers d’exosquelettes dans le monde à plus de 50 000 en usage réel. Certains pays déploient systématiquement ces solutions – notamment en Corée, où un grand constructeur a conduit une étude longitudinale de vaste ampleur sur les impacts santé et productivité chez ses salariés, avant de déployer ces solutions dans l’ensemble de ses usines. L’Allemagne, première puissance industrielle européenne, représentait en 2023 près de 7 % du marché mondial des exosquelettes. Le Danemark est aujourd’hui le marché à la croissance la plus rapide en Europe.

La France est dans la course, mais pas en tête.

2. Exosquelettes en France :
des atouts réels, un déploiement encore timide

Ce que la France a construit : des concepteurs-fabricants-intégrateurs nationaux en croissance, une avance normative réelle avec la première norme française d’intégration des exosquelettes au travail, publiée en 2023 et en cours d’internationalisation.

Des déploiements phares documentés : autour de quelques grands programmes, maintenance transports, grande logistique, et depuis peu de premiers établissements de santé – encore rares, mais pionniers, et bien analysés.

Le retard de masse : apparemment, moins de 2 % des entreprises du BTP équipées malgré un intérêt croissant ; la logistique multiplie les expérimentations, mais on n’observe pas encore de bascule vers des déploiements systématiques.

À travailler : la culture – équilibrée « excellence opérationnelle et facteur humain », notre ligne de fond au Cercle, pour aider à la diffusion vers les structures moyennes et petites, en éclairage économique rigoureux des choix, des non-choix et de leurs impacts, en santé durable, et productivité durable.

3. La substantifique moelle du terrain :
ce que dix ans et bientôt 25 UX-Forum® Innovation Exosquelettes nous ont appris

  • Depuis les premiers UX-Forum® Intégration des Exosquelettes de 2017-2018, où seuls étaient « grands témoins / grands acteurs » des représentants innovation de grands comptes, jusqu’aux plus récents 2024-25-26 où témoignaient aussi des entreprises unipersonnelles ou TPE, une constante s’est affirmée: l’exosquelette n’est jamais une réponse première, parachutée d’en haut ou par experts.

C’est une solution pensée, intégrée à des programmes de prévention, qui arrive plutôt en bout de chaîne de décision ergonomique, quand les diagnostics ont été posés, quand les autres leviers ont été mobilisés, et que la décision d’appel à un dispositif d’assistance physique se présente « naturellement ».

  • L’adhésion ne se décrète pas: elle se construit par l’expérimentation, la progressivité, les essais, les retours et analyses en feed-back, les échanges, la parole des pairs. Dans le domaine sanitaire, les blocs opératoires, les services de réanimation, les salles de stérilisation, les soins aux patients alités… que nous avons documentés récemment le confirment : c’est quand un.e soignant.e dit à sa collègue « c’est magique ! ça aide vraiment » que quelque chose bascule,  – pas quand la direction décide.
  • La dimension économique, trop souvent négligée : le capital humain est une valeur, la prévention et les dispositifs d’assistance physique sont aussi des valeurs – même si le plus souvent perçus comme des coûts. La rationalité, la décision de choix d’un exosquelette, a tout intérêt à s’appuyer sur une démarche rigoureuse: analyse préalable des situations de travail et des besoins spécifiques des opérateurs, évaluation plurielle sur plusieurs modèles, tests en situations réelles et sur la durée, évaluations et simulations des impacts socio-économiques. Sans cette rigueur, nul ne peut s’engager durablement. Et, si elle résout réellement le problème, « la solution la moins chère est souvent la meilleure ».
  • La durabilité de l’emploi, le maintien en emploi comme argument décisif: l’exosquelette évite l’inaptitude, permet le retour après arrêt long, préserve des compétences rares et des savoir-faire irremplaçables – une logique qui parle aux directions au-delà de la seule prévention.

4. Accélération des besoins – secteurs prioritaires

Pour 2026-2027, le Cercle E&S a choisi de centrer son attention et de mettre en lumière deux secteurs – parmi tant d’autres qui ont aussi besoin d’un tel développement :

Le médico-social en tension critique : trois millions de travailleurs des soins en France, 94 % de TMS dans leurs maladies professionnelles, âge moyen qui s’élève en même temps que l’absentéisme, vieillissement des équipes, recrutement en crise – et les soins à domicile comme terrain presque vierge, là où la mobilité de l’exosquelette est précisément l’atout décisif.

La maintenance – métiers et secteurs de la maintenance, tous secteurs : exigences physiques intenses, techniciens vieillissants, difficultés de recrutement, enjeux majeurs de fiabilité opérationnelle – terrain du prochain UX-Forum® du Cercle à Préventica Rennes, le 18 juin 2026, avec une grande infrastructure nationale comme cas central.

5. Un continuum se dessine : santé globale… trans-secteurs, trans-vie, … facilité et mû par les données, les capteurs, l’IA

En matière d’exosquelettes, comme ailleurs, la santé globale trans-secteurs, trans-disciplines, trans « tranches de vie » devient vraiment la réalité. Pratiquement, la frontière entre dispositif d’assistance physique médical, professionnel et personnel s’efface progressivement : rééducation après AVC, compensation à la marche, prévention au travail, maintien en emploi, prévention du vieillissement et aide à la vie quotidienne, et aussi aide à l’entretien physique et au sport – on s’oriente progressivement vers un même continuum du besoin de l’assistance physique à 360°, in et hors vision médicale et professionnelle… avec les défis et difficultés qui s’ensuivent.

L’horizon proche – en fait, déjà la réalité – est aussi celui de la révolution de la data : données, capteurs, intelligence artificielle, motion capture, feed-back en temps réel, objectivation et pilotage des usages, personnalisation de l’assistance, pilotage des expositions avant que la pathologie ne s’installe.

Avec, en filigrane, la question politico-économique de la position aidante – ou pas – des pouvoirs publics en France, et en Europe, dans la course mondiale à l’excellence opérationnelle, qui ne saurait se faire désormais sans le capital humain, la considération du facteur humain.

Conclusion

Dix ans, bientôt vingt-cinq UX-Forum®, des dizaines de terrains documentés : ce que le Cercle E&S a vu évoluer, c’est moins la technologie – qui a fait son chemin, un très beau chemin – que le regard porté sur elle, et l’approche de l’intégration.

L’exosquelette n’est plus un objet de curiosité ou de méfiance : il est en train de devenir, pour ceux qui ont fait le chemin, un outil approprié et adaptatif de prévention et de durabilité au travail.

Ce qui reste devant est plus grand encore – non par manque de technologie, mais parce que la culture d’usage, la rigueur économique du choix, et la volonté d’anticiper plutôt que de réparer ne s’installent pas par décret.

Ce sont des constructions lentes, qui demandent du temps, de la pédagogie, et des exemples. Rendre ce chemin accessible au plus grand nombre, dans tous les secteurs et toutes les tailles de structures, c’est précisément ce à quoi le Cercle contribue.

Rendez-vous à Préventica Rennes, 18 juin 2026.

Pour les textes comme pour les corps, pour les technologies comme pour les organisations :
il y a un temps qui n’appartient qu’à la personne.
C’est ce temps-là que le Cercle respecte – et accompagne.

Anne Marie de Vaivre, fondatrice du Cercle E&S, et conceptrice des UX-Forum®*
avec Yonnel Giovanelli,  Expert européen et Afnor Ergonomie et Exosquelettes,

responsable Pôle Prevention SNCF Optim Services

lien pour le replay et le compte rendu du 24e UX-Forum® Exosquelettes et métiers de soins
https://www.cercle-es.com/2026/03/29/replay-25-mars-26_salon-infirmier_exosquelettes-en-univers-hospitalier-et-medico-social/